Les dimanches de l’Avent

Les dimanches de l’Avent

Afin que les chrétiens soient mis davantage en contact avec la Parole de Dieu et puissent connaître davantage de textes bibliques, au lieu de répéter chaque année les mêmes textes, la Parole de Dieu a été répartie sur trois années appelées années A, B et C. Caque année est centrée sur un des évangiles synoptiques. Nous allons entrer dans l’année A avec, comme fil directeur l’évangile selon Saint Matthieu.

 

Un mot sur cet évangile. On discute pour savoir si l’auteur est bien le Matthieu recruté par Jésus à sa table de collecteur d’impôts. L’auteur est probablement un juif d’origine, membre de la communauté chrétienne réunie autour de l’apôtre. L’auteur s’adresse très probablement à une communauté majoritairement judéo-chrétienne qui émigra en Syrie, peut-être à Antioche dans le dernier quart du premier siècle (entre 80 et 90).

Il semble bien que l’auteur ait utilisé abondamment l’évangile de Marc puisque, sur 1068 versets, l’auteur reprend 80% des versets de Marc.

L’évangile selon Matthieu est profondément enraciné dans la tradition juive avec cependant une forte ouverture à l’universalité du message comme le montre par exemple l’épisode des mages venus d’orient ou encore l’admiration de Jésus pour la foi d’un centurion romain, ou la guérison de la fille d’une cananéenne.

Pour Matthieu, Jésus est le Messie d’Israël, venu en particulier pour les “petits”.  C’est donc l’évangile de Matthieu qui va guider toute notre réflexion cette année.

 

Un mot encore sur le sens de ce temps liturgique de l’Avent. Le mot vient du latin “adventus” qui signifie “avènement”, “venue”. Ne pas confondre avec le mot “a-v-a-n-t” signifiant que quelque chose a précédée dans le temps.

 

Pendant le temps de l’Avent, nous prenons conscience de la venue de Dieu dans notre monde dont Noël est le point d’orgue. Notre Dieu est un Dieu qui se veut très proche de notre monde, très proche de chacun de nous. Dieu n’est pas seulement un Dieu qui est venu dans notre monde à un moment de l’histoire, même si cette venue est centrale et définitive, il est aussi un Dieu qui ne cesse de venir dans chacune de nos vies. Un auteur a écrit : “Nous sommes nés pour naître”. C’est cette venue de Dieu, du Dieu qui est l’amour même, en nos vies qui nous fait naître. Aussi, le temps de l’Avent est un temps de naissance, de notre naissance à la lumière de la naissance de Dieu dans notre monde en Jésus de Nazareth.

 

C’est donc le thème de notre naissance en train de se faire qui est au centre de toute la prière de l’Église pendant ce temps de l’Avent.

 

Voyons maintenant comment cela nous est révélé à travers les évangiles de Matthieu dans les quatre dimanches de l’Avent.

 

– 1er dimanche, Matthieu 24, 37-44. Dans l’évangile de ce premier dimanche, Matthieu nous invite à écouter le Christ parlant justement de sa venue. Il faut la comparaison avec ce qui s’était passé à l’époque de Noé : “On mangeait, on buvait, on se mariait”. Nous sommes renvoyés par cet évangile à notre situation consumériste actuelle. La vie matérielle est devenue la seule préoccupation de beaucoup de nos contemporains. Se tenir prêts, ce n’est pas autre chose que donner priorité à la dimension spirituelle de nos vies, celle qui a les promesses d’éternité. L’évangile de Luc nous rapporte la parabole de cet homme qui avait amassé de grands biens dans ses greniers pour jouir ensuite de la vie : “Dieu lui dit : Insensé, cette nuit même on te redemande ta vie… Voilà ce qui arrive à celui qui amasse un trésor pour lui-même au lieu de s’enrichir auprès de Dieu” (Lc 12, 20-21). Ainsi, ce premier dimanche nous interroge sur notre quête spirituelle, sur notre quête de sens, sur les valeurs sur lesquelles nous construisons notre existence, sur les choix que nous sommes amenés à faire.

 

– 2ème dimanche, Matthieu 3, 1-12. Le 2è dimanche de l’Avent est centré sur l’urgence de la conversion. C’est la proclamation de Jean-Baptiste : “Convertissez-vous car le Royaume des cieux est tout proche”. Si nous nous demandons quel est ce Royaume des cieux, la première lecture extraite du prophète Isaïe nous le montre : c’est un Royaume “réconcilié” : “Le loup habitera avec l’agneau…” La conversion est fondamentalement une “réconciliation” : se réconcilier avec Dieu, avec les autres, avec nous-mêmes. La conversion, c’est cet effort pour se “tourner vers”, “con-vertere”, non pas pour “prendre”, mais pour recevoir, échanger et aimer. Rappelez-vous la conférence de Dominique Greiner, assomptionniste, directeur du journal “La Croix” qui disait que la réconciliation était au coeur de la vie chrétienne et du projet de Dieu.

C’est donc un dimanche centré sur un souci de réconciliation, sur une prière de réconciliation.

 

– 3è dimanche, Matthieu 11, 2-11. Ce troisième dimanche de l’Avent nous interroge sur le sens du témoignage qu’il nous est demandé de porter. L’évangile nous rapporte la question posée à Jésus par les envoyés de Jean-Baptiste : “Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ?” Jésus ne répond pas par des arguments intellectuels, il ne développe pas son message pour en montrer la pertinence. Il répond par ces simples mots : “Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et voyez”. Le témoignage de Jésus passe par ce que les gens voient et entendent. Et Jésus donne seulement des exemples en se référent au prophète Isaïe et c’est l’attention aux petits et aux malades et l’annonce d’une Bonne Nouvelle aux pauvres. Notre témoignage ne peut être que dans la même ligne que celle de Jésus. Aussi, la question que nous pouvons nous poser ce 3è dimanche est celle-ci : “Qu’est-ce que les gens voient et entendent de ma vie, qu’est-ce que les gens voient et entendent de notre communauté de Saint Hippolyte.

 

– 4ème dimanche, Matthieu 1, 18-24. En raison de la proximité de Noël, l’évangile se réfère à la conception de l’enfant Jésus à travers le songe de Joseph. Ce qui est admirable, c’est surtout l’attitude de Joseph : son honnêteté intérieure, la délicatesse de son jugement à l’égard de Marie, la confiance qu’il va accorder à ce qui lui est dit à travers ce songe, son obéissance et enfin la simplicité de sa décision.

Nous oublions parfois la place centrale de Joseph dans l’économie du salut. Pendant ce temps de l’Avent, il est un magnifique modèle pour nous aider à accueillir  l’inouï de la révélation qui nous est faite en Jésus Christ de l’amour infini de Dieu et des chemins qu’il emprunte et qui restent pour nous un merveilleux mystère.

Ainsi, ce 4è dimanche est centré sur la foi qui fait confiance à la parole de Dieu et à sa présence en nous comme une lumière nous indiquant le chemin à suivre.

Père Maurice Fourmond