Présentation du Seigneur au Temple

Présentation du Seigneur au Temple

Présentation du Seigneur au Temple

« Chandeleur »

 

La fête de ce jour a un double objet, célébrer la purification de Marie et la présentation de Jésus au Temple selon la loi de Moïse. Cette loi fixait le temps où les mères devaient se présenter avec leurs nouveau-nés devant les autels, et elle exigeait une offrande pour le rachat des enfants mâles. Ni Marie, toute pure dans sa maternité, ni Jésus, Fils de Dieu, n’étaient obligés à cette cérémonie ; cependant par humilité, et pour donner aux hommes un éclatant exemple d’obéissance aux lois divines, Marie, accompagnée de Joseph et portant Jésus en ses bras, se rendit au Temple de Jérusalem.

 

La fête chrétienne qui nous conserve le souvenir de cette cérémonie porte, dans le langage populaire, le nom de la Chandeleur, à cause de la procession qui se fait ce jour-là dans nos églises avec des cierges allumés.

 

Les cierges symbolisent Notre-Seigneur Jésus-Christ, Lumière du monde ; la procession représente le passage de la sainte Famille dans le Temple et la rencontre des deux vieillards Siméon et Anne. Saint Anselme, développant ce mystère, nous dit qu’il y a trois choses à considérer dans le cierge : la cire, la mèche et la flamme. La cire, ouvrage de l’abeille virginale, est la chair du Christ ; la mèche, qui est intérieure, est son âme ; la flamme, qui brille en la partie supérieure est sa Divinité.

 

La procession de la Chandeleur nous apparaît comme la marche du peuple chrétien à la lumière du Christ, figuré par les cierges que porte le clergé, la portion choisie de l’Église, comme Jésus même était porté entre les bras de Marie, entre ceux du saint vieillard Siméon et du pontife qui l’offrit au Seigneur.

 

Les cierges de la Chandeleur sont bénits avec une solennité toute particulière et avec l’emploi des prières les plus touchantes. Conservés dans la maison des chrétiens, ils sont un gage de la protection divine. Il est dans l’esprit de l’Église d’allumer les cierges de la Chandeleur pour repousser les esprits de ténèbres, dans les dangers corporels et spirituels, au lit des mourants, pour éloigner d’eux l’ennemi des hommes, qui fait alors son suprême effort afin d’arracher les âmes à Dieu. C’est bien alors surtout, en effet, que l’homme a besoin du recours du Rédempteur, vraie lumière des âmes, pour illuminer les derniers instants de sa vie.

Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l’année, Tours, Mame, 1950.

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« N’est-il pas le charpentier ? »

« N’est-il pas le charpentier ? »

Jesus Christ

Une des expressions quotidiennes de l’amour dans la vie de la Sainte Famille à Nazareth est le travail… Celui qui était appelé le « fils du charpentier » (Mt 13,55) avait appris le travail de son père putatif. Si, dans l’ordre du salut et de la sainteté, la famille de Nazareth est un exemple et un modèle pour les familles humaines, on peut en dire autant, par analogie, du travail de Jésus aux côtés de Joseph le charpentier… Le travail humain, en particulier le travail manuel, prend un accent spécial dans l’Évangile. Il est entré dans le mystère de l’Incarnation en même temps que l’humanité du Fils de Dieu, de même aussi qu’il a été racheté d’une manière particulière. Grâce à son atelier où il exerçait son métier en même temps que Jésus, Joseph a rendu le travail humain proche du mystère de la rédemption.

Dans la croissance humaine de Jésus « en sagesse, en taille et en grâce » (Lc 2,52), une vertu a eu une part importante : la conscience professionnelle, le travail étant un bien de l’homme qui transforme la nature et rend l’homme en un certain sens plus homme.

L’importance du travail dans la vie de l’homme demande qu’on en connaisse et qu’on en assimile les éléments afin d’aider tous les hommes à s’avancer grâce à lui vers Dieu, Créateur et Rédempteur, à participer à son plan de salut sur l’homme et le monde, et à approfondir dans leur vie l’amitié avec le Christ, en participant par la foi de manière vivante à sa triple mission de prêtre, de prophète et de roi. Il s’agit, en définitive, de la sanctification de la vie quotidienne, à laquelle chacun doit s’efforcer en fonction de son état.

Bienheureux Jean-Paul II (1920-2005), pape
Exhortation apostolique « Redemptoris custos », 22 (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana)

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Le paralysé déposé par le toit devant Jésus

Le paralysé déposé par le toit devant Jésus

paralytique jesus

Évangile Marc 2, 1-12

 

Je voudrais vous proposer trois réflexions à partir de l’évangile que nous venons de proclamer. La première concerne le fait que le malade paralysé est porté par quatre hommes. Nous parlons beaucoup cette année de la solidarité. L’évangile de ce jour nous en donne un bel exemple. Tout seul, le paralysé n’aurait absolument pas réussi à approcher Jésus. Il a fallu que des gens, quatre dans notre cas, lui proposent de l’emmener.

 

De même que le paralysé a eu besoin des autres pour approcher Jésus, de même chacun de nous a besoin de quelques frères et soeurs afin d’être soutenus jusque auprès du Christ. Nous sommes tour à tour le paralysé qui ne peut se déplacer et une des quatre personnes qui vont soulever le brancard où un frère est couché afin de l’aider jusqu’à ce que son coeur s’ouvre à l’appel du Christ Jésus. Aussi, dans notre eucharistie, demandons au Seigneur de comprendre le bonheur que nous avons de pouvoir compter les uns sur les autres pour nous porter quand nous traversons des moments difficiles ou simplement quand le Seigneur nous invite à avancer sur le chemin de notre sainteté.

 

Ma seconde réflexion concerne la persévérance, la ténacité inventive du petit groupe accompagnant le paralysé. On aurait pu penser qu’arrivés devant la porte de la maison, au vu de la foule qui se pressait même devant la porte, le paralysé et les porteurs aient renoncé à s’approcher de Jésus. Ils auraient pu dire : on a essayé, on a fait ce que nous pouvions, mais le chemin est bouché par la foule, tant pis, on retourne chez nous… et le paralysé devra continuer à supporter son mal. Mais ce n’a pas été la réaction en particulier des porteurs, peut-être sur la supplication pressante du paralysé. Ils analysent la situation, cherchent et trouvent une solution : ils vont amener le brancard sur le toit, découvrir un espace permettant au brancard de passer et ainsi déposer le paralysé devant Jésus. Cette ténacité du petit groupe est admirable et nous interroge. Est-ce que nous ne nous décourageons pas trop vite devant les obstacles, les échecs que nous rencontrons sur le chemin de notre vrai bonheur. Sommes-nous capable d’inventer des solutions mêmes un peu folles pour correspondre à l’appel du Seigneur ? Avons-nous cette ténacité, cette persévérance des porteurs, comme dans un autre épisode de la vie de Jésus, cette femme syro-phénicienne qui, rabrouée par Jésus, aura l’intelligence de lui tenir tête et de persévérer dans sa supplication. Nous baissons souvent les bras au lieu de compter, comme la petite Thérèse, sur les bras de Dieu pour nous porter jusqu’en haut de l’échelle de l’amour.

 

Enfin, ma troisième réflexion  concerne la guérison du paralysé. Nous voyons que l’essentiel de sa guérison a été celle du coeur : «Mon fils, tes péchés sont pardonnés» Et le signe visible de cette libération intérieure a été la guérison extérieure de son corps blessé. La libération spirituelle donne un signe visible de son authenticité par la guérison physique du malade : «Afin que vous sachiez…». Nous voyons là le lien que Jésus souligne entre l’efficacité de la parole et la vérité de la charité. Là encore Jésus nous donne un bel exemple de la manière de vivre notre mission de baptisés. Libérer le coeur en aidant notre frère à s’ouvrir à l’amour de Dieu pour lui, va demander une «preuve» de l’efficacité de cet amour, et la preuve ne peut être autre que le don de soi, l’attention à l’autre et à sa peine, la prise en copte de son épreuve.

 

L’efficacité de la parole de Jésus est pour ainsi dire «démontrée» par la guérison du paralysé. C’est devant tout le monde que le paralysé guéri sort de la maison emportant son brancard. «Tous étaient stupéfaits et rendaient gloire à Dieu, en disant : Nous n’avons rien vu de pareil» On ne sait s’ils rendaient gloire à Dieu à cause de la libération spirituelle de l’homme ou de sa guérison physique. Mais on peut penser que l’acte d’amour du Christ  touchait le coeur des spectateurs et rendait leur coeur disponible pour accueillir la révélation d’une guérison spirituelle capable de changer radicalement la vie.

Père Maurice Fourmond

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L’aventure des mages

L’aventure des mages

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En cette fête de l’Épiphanie, il me semble que nous pouvons regarder l’aventure de ces savants d’Orient qui se sont mis en route sur le signe bien fragile d’une étoile, nous pouvons la comprendre comme le symbole de toute vie humaine, comme le symbole de notre vie à chacun de nous. La vie humaine est à l’image de ces mages que nous décrit l’évangile.

 

La première chose qui frappe dans l’aventure des mages, c’est leur recherche permanente, leur questionnement, leur interrogation. Ils scrutent le ciel. Un jour, ils découvrent une étoile particulière qu’ils interprètent comme un signe. Ils n’auraient pas été étonnés, ils n’auraient découvert ce signe s’ils n’avaient pas été des chercheurs persévérants. Nous aussi, nous interrogeons la vie, notre vie, les événements qui s’y inscrivent. Pour percevoir les petits signes qui peuvent nous mettre en mouvement, il faut beaucoup d’attention, du silence, de réflexion, de persévérance. Qui d’entre nous n’a pas réalisé que telle parole, tel geste, tel événement apparemment insignifiant était comme un appel, comme une «révélation» qui a modifié sa manière de vivre, parfois de façon radicale ? Comment reconnaître les signes de Dieu si nous sommes tellement envahis par l’immédiat, par la matérialité des choses qu’il nous devient presque impossible de voir au-delà, d’entrer dans une perspective spirituelle, une réalité qui nous dépasse. C’est en étant des chercheurs, des chercheurs de beauté, de vérité que nous pourrons découvrir ce qui donne du sens à notre vie. À Jérusalem, les grands prêtres et les scribes «savent», mais ne cherchent pas. Pour nous de même, il y a ceux qui savent et ne cherchent pas et il y a ceux qui cherchent et qui, comme les mages, trouvent.

 

Encore faut-il interpréter les signes comme ont dû le faire les mages de l’évangile. Interpréter un signe comme un appel à bouger, à se mettre en route, à changer demande beaucoup de disponibilité d’esprit et de coeur. Mais se mettre en route ne suffit pas, il convient sans cesse de revenir à ces signes qui nous ont mis en mouvement, il faut sans cesse regarder l’étoile, cette petite lumière qui, un jour, nous a ouvert les yeux et nous a fait prendre la route. C’est vers cette lumière qu’il nous faut revenir afin de confirmer ou réorienter le chemin que nous avons pris quand celui-ci se fait incertain.

 

Mais sur la route, il y a l’épreuve. Les mages l’ont vécu quand l’étoile, le signe disparait. C’est la nuit. On se demande alors si ce que nous avions compris n’est pas une illusion. C’est alors qu’il nous faut, comme les mages, chercher un peu de lumière auprès de personnes de confiance et qui nous paraissent aptes à nous aider dans notre quête. Lorsque nous nous posons des questions sur notre foi, lorsque le doute s’introduit sur certains aspects de notre foi, dont certains sont légitimes tandis que d’autres mettent en péril notre foi elle-même, alors il est bon de pouvoir partager avec des frères, il est bon d’être soutenus par des frères et soeurs dont le témoignage vient nous rappeler la beauté de la démarche entreprise. Il est bon aussi de pouvoir nous informer auprès de gens compétents comme Hérode auprès des chefs des prêtres et des scribes. Il est bon d’ouvrir les Écritures et dans la Parole de Dieu retrouver la trace du chemin qui nous conduit à Dieu. Mais encore faut-il comme les mages reprendre la route le coeur rempli d’espérance.

 

Et c’est la rencontre du Seigneur par les mages. Nous avons dans nos vies des moments de grâce où nous expérimentons comme une proximité de notre Dieu. Nous nous sentons bien petits devant l’infini d’un amour qui se donne. Qu’offrir qui soit digne de Dieu ? Ni argent ni aucun des biens de ce monde. Seulement un amour fragile en réponse à cet amour de notre Dieu et Père.

 

Les mages sont repartis par un autre chemin. La rencontre du Dieu de Jésus n’est jamais neutre. Elle peut bouleverser notre vie. Les rencontres successives dans la foi nous présentent de nouvelles perspectives. Il nous faut accepter de changer nos manières de penser, de comprendre, de vivre. La Parole de Dieu nous «déroute» dans les deux sens du mot : elle nous surprend, elle nous modifie et elle nous fait modifier nos projets.

 

Alors, écoutons l’aventure de ces mages venus d’Orient et tentons de vivre notre foi à leur exemple.

Père Maurice Fourmond

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Sagesse et folie de Dieu, pour Dieu

Sagesse et folie pour Dieu

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Év. selon saint Marc chapitre 3,20-21

 

« Jésus entre dans une maison, où de nouveau la foule se rassemble, si bien qu’il n’était même pas possible de manger. Sa famille, l’apprenant, vint pour se saisir de lui, car ils affirmaient : « Il a perdu la tête. » »

 

De ce très court passage de l’évangile de Marc, je retiendrai deux choses. La première m’est suggérée par ce que dit l’évangéliste du ministère de Jésus : tellement occupé par les gens qui se pressent autour de lui «qu’il n’était même pas possible de manger».Ceci me renvoie à la réaction des disciples rapportée par Jean (2, 17) : Jésus vient de chasser les vendeurs du Temple de Jérusalem et l’évangéliste nous dit que l’attitude de Jésus leur remet en mémoire une phrase du Psaume 69 (68), 10 : «Le zèle de ta maison me dévore». La démarche de Jésus nous interroge : est-ce que notre «zèle» pour Dieu, pour la Parole de Dieu nous dévore c’est-à-dire : avons-nous cette préoccupation intérieure qui donne une place privilégiée à l’accomplissement du désir de Dieu sur nous et sur le monde ? Certes il nous faut accepter les nécessités de la vie, mais l’exigence de vivre et de témoigner de l’Évangile reste une priorité de notre foi de chrétien.

 

L’autre réflexion me vient de la remarque faite par la famille de Jésus : «Il a perdu la tête». Cette remarque est d’ailleurs reprise par les chefs religieux au verset suivant (22) : Et les scribes qui étaient descendus de Jérusalem disaient : Il a Béelzéboul (le prince des démons) en lui». En effet, l’attitude de Jésus allait à l’encontre des normes établies par la société juive de l’époque. On dit que Jésus a perdu la tête ou qu’il est possédé du démon parce qu’il s’écarte de la manière de penser et de faire de la société juive dont il est un des membres. C’est cela qui irrite tellement les responsables religieux qu’i faudra éliminer ce fou.

 

Mais comment ne pas avoir devant les yeux un passage de la lettre de l’apôtre Paul aux chrétiens de Corinthe. Il faudrait lire toute la seconde partie du premier chapitre du verset 18 à 31. Citons seulement cette phrase centrale : «Ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes». Toutefois, l’expérience montre que suivre la sagesse de Dieu, même si cela est regardé comme folie par les hommes, construit une humanité sage qui s’oppose à toutes les forces de mal, la haine, la violence, l’indifférence, l’égoïsme personnel et collectif. Pour trouver un véritable épanouissement de la personne, il est sage de suivre les conseils de Dieu même s’ils sont décrétés folie par les hommes.

 

Rappelons-nous que Dieu a sauvé le monde par la folie de la croix.

Père Maurice Fourmond

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Evangile : Saint Jean Baptiste

Evangile : Saint Jean Baptiste

saint jean baptiste

Jean 1, 6-8. 19-28

 

C’est encore le personnage de Jean Baptiste qui nous est présenté en ce 3è dimanche de l’Avent. C’est un personnage très attirant. La première chose qui frappe, c’est sa droiture. Jean Baptiste est un homme de vérité. Il se tient à sa place. Il ne se prétend pas être la lumière mais seulement un témoin de la lumière et quand on lui demande de se définir, il refuse même le titre de prophète pour ne reconnaître qu’il est seulement une voix. Se reconnaître dans la vérité de ce que nous sommes est une exigence humaine mais aussi évangélique. Ne se croire ni plus ni moins que ce que l’on est en vérité, sans se donner des qualités que nous n’avons que peu, mais sans aussi fausse modestie en refusant de reconnaître les dons que nous avons reçu. Se tenir à sa place comme Jean baptiste, mais aussi avec disponibilité comme un serviteur fidèle qui sait se retirer quand il a accompli son travail, heureux si son service a pu porter quelques fruits, mais sans vanité avec cette joie simple de tous ceux dont le coeur est droit. Nous avons souvent besoin du jugement de frères ou de soeurs pour nous aider à discerner là où nous serons le plus utile, là où nous pourrons le mieux servir.

 

Nous savons que cette droiture et cette vérité de Jean Baptiste le conduiront en prison parce qu’il a eu le courage de dire la vérité à Hérode qui avait pris la femme de son frère. Faire la vérité est un travail difficile qui demande lucidité sur soi-même, discernement et courage. Demandons à Jean Baptiste de nous aider à faire la vérité dans notre vie avec le courage qui fut le sien. Nous avons souvent peur d’exprimer ce que nous croyons vraiment, même si dire nos convictions devrait se faire humblement, tout le monde n’étant pas forcé d’être d’accord avec nous.

 

La seconde chose qui frappe dans la vie de Jean Baptiste, c’est sa relation avec son cousin Jésus. Il sait que Jésus est celui qui doit venir après lui pour accomplir une oeuvre plus grande que celle dont Jean se sent porteur. Jean Baptiste se situe à sa juste place. Ce n’est pas lui qui est important, c’est Jésus. Nous connaissons cette image du doigt qui désigne une étoile. L’insensé regarde le doigt, le sage contemple ce que le doigt désigne, l’étoile. Jean se considère comme le doigt qui désigne l’étoile, celui qu’il convient de suivre. On peut dire la même chose de toutes le expressions qui tentent de représenter Dieu. Elles ne sont que des signes, que le doigt qui indique celui que notre coeur cherche. Jean Baptiste prend l’image non du doigt mais de la voix. Il n’est pas important, celui qui est important, c’est celui qu’il désigne.  N’est-ce pas le rôle du témoin de l’évangile que nous voulons être. Il ne nous est pas demandé autre chose que d’être le doigt qui désigne, la voix qui crie, puis ensuite se retirer pour laisser se faire la rencontre avec le Seigneur .

 

C’est dans le même sens qu’il faut comprendre cette autre parole de Jean Baptiste : «Il faut qu’il grandisse et que moi, je diminue» Jn 3, 30. C’est dans l’évangile de Jean. Jésus baptisait en Judée. Les disciples de Jean Baptiste ont le sentiment que Jésus fait de la concurrence à leur maître : «Voici qu’il se met à baptiser et tous vont vers lui» v.26. Mais Jean va remettre les choses à leur vraie place : «Celui qui a l’épouse est l’époux ; quant à l’ami de l’époux, il se tient là, il écoute et la voix de l’époux le comble de joie. Telle est ma joie, elle est parfaite» v.29. Suit alors la parole que je citais il y a un instant.

 

La joie de Jean Baptiste n’est pas son succès, mais que la parole de Jésus soit entendu même si cela va à l’encontre de ses intérêts à lui Jean. Où est notre joie : est-ce que la bonne nouvelle de Jésus Christ soit entendue ou nos propres paroles, nos propres actions. Quelque soit le chemin qu’emprunte l’Esprit Saint pour toucher le coeur des gens, nous devrions nous réjouir, même si ce chemin n’est pas celui que nous aurions souhaité.

 

Nous en revenons à l’humilité de Jean Baptiste. Saint Thomas d’Aquin disait : «L’humilité, c’est la vérité». Si Dieu est la vérité même, Dieu est l’humilité parfaite. C’est pourquoi Jésus dit Dieu plus sûrement par son humilité que par la puissance de ses actes et Jean Baptiste dit Jésus par son humilité plus que par la vigueur de sa parole.

 

Alors, comment nous préparer à vivre Noël en vérité ? En retrouvant l’humilité qui habitait le cousin de Jésus et en y trouvant notre joie.

Père Maurice Fourmond

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Jésus est poussé au désert par l’Esprit

Jésus est poussé au désert par l’Esprit

JESUS DESERT

Marc 1, 12-15

 

Chaque année, le premier dimanche de Carême nous rapporte le baptême de Jésus et ce temps de silence dans le désert poussé par l’Esprit. En cette année B, c’est dans l’évangile de Marc que cet épisode nous est rapporté. Le texte est très court, il est en lien avec les deux autres lectures de ce dimanche. La première nous parle de l’Alliance que Dieu a contracté avec Noé à la fin du déluge. Saint Pierre dans sa lettre fait le lien entre Noé sauvé des eaux et notre propre baptême et les quelques lignes de l’évangile commencent par nous dire que Jésus reçut le baptême de Jean puis fut conduit au désert.

 

Nous sommes donc invités par les textes bibliques d’abord à nous souvenir de notre propre baptême. Même si nous avons été baptisés tout petits, nous savons qu’il nous faut sans cesse ratifier, confirmer, dire «oui» à notre baptême, découvrant ou redécouvrant l’engagement qu’il implique.

Si nous croyons que notre baptême a été une parole de Dieu sur nous, nous redisant son amour paternel, déclarant devant tout le monde un amour déjà donné dès le premier instant de notre vie, il nous faut sans cesse reprendre conscience qu’il convient de lui répondre, il s’agit de dire «oui» à cet amour de Dieu qui nous est sans cesse offert. Baptisés dans la mort et la résurrection de Jésus, nous savons que notre réponse, notre «oui» ne peut être qu’associée à la réponse de Jésus, au «oui» de Jésus. C’est pourquoi, nous ne pourrons répondre à l’amour de notre Père qu’en restant unis à son Fils bien aimé, au  Christ Jésus comme ses frères et ses soeurs. Pendant ce Carême, nous savons que Jésus est notre compagnon de route, nous acheminant vers la lumière de Pâques.

 

Mais le premier dimanche de Carême est marqué aussi par l’envoi de Jésus au désert poussé par l’Esprit. Jésus est resté 40 jours dans le désert. Nous savons que le chiffre quarante désigne le temps d’une génération ou encore le vie moyenne d’une personne à cette époque. Ce chiffre symbolique marque bien des événements de l’histoire d’Israël. C’est le déluge qui a duré 40 jours (Gn 7, 17). Les hébreux ont cheminé 40 ans dans le désert sous la conduite de Moïse, David a régné 40 ans et le prophète Élie a marché 40 jours et 40 nuits avant d’arriver à la montagne de l’Horeb, où Dieu s’est manifesté dans le murmure d’un souffle ténu (1 R 19, 12). Ainsi, la symbolique du chiffre 40 nous dit que c’est toute notre vie qu’il convient de marcher à la rencontre de Dieu, vers ce bonheur que Dieu a promis à cette humanité qu’il aime. Les 40 jours qui nous séparent de l’illumination de Pâques ne sont que le signe de toute notre vie avant de recevoir l’illumination du face à face éternel.

 

C’est dire que c’est toute notre vie qu’il nous faut cheminer. Ce chemin est comparé à une marche dans un désert. Le symbolisme du désert évoque plusieurs choses. Déjà la pauvreté : le désert, par définition, est un lieu qui ne fournit que peu de choses, dans le désert, nous sommes loin de tous les produits de consommation. Tout en sachant qu’un minimum est indispensable, le désert nous invite à retrouver la simplicité de la vie, une certaine frugalité qui ne nous distrait pas de l’essentiel. Le désert est aussi le lieu du silence, ce silence qui fait peur parfois car il nous renvoie une image de nous-mêmes. Mais nous savons que ce silence est habité par un amour qui ne nous abandonne jamais et qui nous permet de nous regarder dans l’espérance. Le désert est aussi le temps de la tentation. Celle-ci est multiple, légion dirait l’évangile. Il en est une qui nous guette sans cesse, c’est la tentation du découragement. Elle a touché le coeur des hébreux dans le désert : ils regrettaient les oignons d’Égypte malgré l’esclavage qui les blessaient. Nous aussi nous pensons souvent : avant ou ailleurs, c’est mieux. Le désert est donc le lieu du courage pour vivre le présent. Mais le désert est aussi le lieu de la rencontre de Dieu, à condition que notre coeur soit ouvert à l’action de l’Esprit Saint. Et cette rencontre nous prépare à la joie pleinière du face à face éternel dont Pâque est comme l’annonce heureuse.

Père Maurice Fourmond

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Je vous donne ma paix

Je vous donne ma paix

notre dame du rosaire

Jean 14, 27-31a

 

“A l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples : « C’est la paix que je vous laisse, c’est ma paix que je vous donne ; ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne. Ne soyez donc pas bouleversés et effrayés. Vous avez entendu ce que je vous ai dit : Je m’en vais, et je reviens vers vous. Si vous m’aimiez, vous seriez dans la joie puisque je pars vers le Père, car le Père est plus grand que moi. Je vous ai dit toutes ces choses maintenant, avant qu’elles n’arrivent ; ainsi, lorsqu’elles arriveront, vous croirez. Désormais je ne parlerai plus beaucoup avec vous, car le prince de ce monde va venir. Certes, il n’y a rien en moi qui puisse lui donner prise, mais il faut que le monde sache que j’aime mon Père, et que je fais tout ce que mon Père m’a commandé.»

 

Cet évangile me suggère deux réflexions. L’une à partir de la parole de Jésus au début de cet évangile : “C’est la paix que je vous laisse, c’est ma paix que je vous donne ; ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne” Saint Thomas d’Aquin définissait la paix comme “la tranquillité de l’ordre”. L’ordre dans notre monde est bien souvent le prix de la domination d’une personne sur une autre ou d’un peuple sur un autre. On l’appelle la paix des armes. La paix ne vient que parce qu’il y a un vainqueur et un vaincu. Telle n’est pas la paix de Jésus Christ. Même si la paix intérieure suppose un certain ordre encore faut-il s’entendre sur le sens que nous donnons à ce mot “ordre”. En fait il faudrait sans doute mieux parler d’un “accord” entre le dire et le faire, entre ce que je crois et ce que je fais. C’est cette cohérence profonde qui est source de la paix.

 

C’est cette cohérence qui habitait Jésus. Cela est dit très explicitement dans la dernière phrase de cet évangile : “J’aime mon Père et je fais tout ce que mon Père me commande”. C’est pourquoi Jésus était dans la paix même dans les souffrances de sa passion et de la croix car il était à chaque moment en plein accord entre ce qu’il vivait et son désir le plus profond : répondre pleinement au désir aimant du Père. Certes, pour nous, cet accord est fragile, imparfait, souvent menacé par notre propre faiblesse, par nos incohérences. Mais nous pouvons toujours demander au Christ qu’il réalise en nous sa promesse : C’est ma paix que je vous donne”.

 

L’autre réflexion m’est suggérée par la parole de Jésus : “Je m’en vais et je reviens vers vous”. Par ces mots, nous sommes confrontés, dans notre foi, au mystère de l’absence et de la présence : l’absence visible de ce Dieu que nous aimons et sa présence invisible au plus secret de notre vie. Dans son livre “Le Petit Prince”, Saint-Exupéry fait dire au renard au moment de quitte le Petit Prince : “L’essentiel est invisible pour les yeux”. Comment le percevoir ? C’est la confiance en la parole de celui que nous aimons. Jésus nous a assuré de sa présence jusqu’à la fin des temps, présence invisible, mais réelle et dont nous ne pouvons que découvrir après coup de l’efficacité de cette présence aimante.

Père Maurice Fourmond

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