Épiphanie, les mages

Épiphanie, les mages

Epiphanie

Matthieu 2, 1-12 Visite des mages

 

Ce récit des mages me suggère trois réflexions que je voudrais partager avec vous. La première c’est que ce désir qui habitait le coeur de ces savants cherchant un roi mystérieux, ce désir qui leur a fait prendre une route aventureuse, habite le coeur de tous les humains. Nous pouvons l’affirmer car nous croyons que l’Esprit de Dieu habite chacun, travaille chacun dans le respect des libertés et des chemins propre à chaque personne. L’Esprit Saint est comme un désir qui travaille le coeur de toute personne humaine. Nous parlons beaucoup d’évangélisation. Il me semble qu’elle commence par réveiller ce désir qui habite le coeur des hommes. C’est une étoile mystérieuse  qui a éveillé le désir chez les mages. Est-ce que ce n’est pas notre mission que d’être comme une étoile qui éveille chez ceux qui nous rencontrent le désir de chercher Dieu, de le rencontrer, de le connaître. Nous avons humblement à aider d’autres à se mettre en route et, même peut-être à les guider jusqu’à ce Jésus que nous croyons vivant.

 

Ma seconde réflexion touche chacun de nous croyants. L’aventure des mages nous permet de comprendre que nous n’avons jamais fini de chercher Dieu. certes, si nous sommes croyants, c’est que nous avons déjà une certaine connaissance de Dieu, que nous avons déjà accueilli sa présence, que nous vivions déjà de cet amour étonnant dont il nous entoure. Mais il ne faut pas croire que notre quête est close. Déjà pour ce qui concerne nos semblables, nous les découvrons tous les jours. Même ceux qui nous sont les plus proches, se laissent découvrir eu à peu. Je disais à des couples lors de leur préparation au mariage : “Lorsque l’un de vous dira de l’autre qu’il le connaît comme sa poche, vous êtes au bord du gouffre car c’est une illusion !” Déjà nous nous connaissons mal nous-mêmes et les événements de nos vies nous font découvrir des facettes de nous-mêmes que nous ne soupçonnions pas. Alors dans la rencontre de ce Dieu tout autre, nous sommes toujours remplis d’interrogations, Dieu nous surprend toujours et c’est d’ailleurs pour cela que l’acte de foi est à redire tous les jours. Cela ne veut pas dire que notre confiance vacille ou diminue, ce n’est pas la confiance qui s’approfondit, c’est la connaissance. Saint Paul parlant de cette connaissance de Dieu nous met en garde contre l’illusion d’une connaissance lumineuse ici-bas : “Maintenant, écrit-il, nous voyons dans un miroir, en énigme, mais alors ce sera face à face. À présent je connais d’une manière partielle, mais alors, je connaîtrai comme je suis connu” 1 Co 13, 12.

 

C’est pourquoi il y a en nous ce qu’on appelle le combat de la foi. Ce combat se joue dans deux domaines. C’est d’une part le combat de l’intelligence qui va creuser tout au long de la vie pour éclaircir ce que Dieu nous donne à voir de lui-même. Et c’est d’autre part le combat de la confiance qui va surmonter les hésitations, les obscurités, les incompréhensions pour ouvrir son coeur et ses bras à ce Dieu que nous croyons être l’amour même, un amour qui s’attache pleinement et totalement à chacun de nous.

 

Cette quête de Dieu ne va pas sans épreuves. Le récit des mages nous les montre à Jérusalem assez désemparés par l’absence de l’étoile qui les guidait. Alors, ils cherchent et interrogent. Les réponses sont parfois ambiguës comme la réponse d’Hérode qui indique bien un chemin, mais dans une intention perverse. Notre quête de Dieu passe nécessairement par des épreuves, par la nuit ainsi que le rappelle ce grand mystique que fut Saint Jean de la Croix. La nuit de la foi n’est pas seulement l’épreuve de quelques mystiques, mais l’épreuve qui touche la plupart des croyants. Le combat de la foi, c’est cette affirmation : j’ai une totale confiance en toi, mon Dieu alors que ma connaissance de toi reste tellement imparfaite.

 

Ma troisième remarque fait suite à la dernière phrase de l’évangile : “Ils regagnèrent leur pays par un autre chemin”. Certes, les mages ont changé d’itinéraire après en avoir été avertis en songe pour des raisons de sécurité concernant l’enfant. Toutefois, on peut penser que les mages ne sont pas repartis comme ils étaient venus. La rencontre de l’enfant de Bethléem a dû changer la vie de ces savants venus d’Orient. Si nous transposons cela dans notre vie de croyants, nous pouvons penser que toute découverte nouvelle e Dieu, toute rencontre du Christ change quelque chose dans notre vie. Ces rencontres peuvent être fort différentes : ce peut être suite à une lecture de l’Écriture ou à travers la rencontre d’un témoin de l’évangile ou la participation à un sacrement particulièrement le sacrement de l’eucharistie.

 

Alors, ce matin, après avoir rencontré le Seigneur dans cette eucharistie, qu’est-ce qui change en nous ? Ne croyons pas que ce fut pour les mages plus facile que pour nous. Il ne devait pas être plus facile de reconnaître le roi du monde dans ce petit enfant né dans une pauvre étable que pour nous de reconnaître la présence du vivant dans cette humble nourriture, un peu de pain et un peu de vin. Et pourtant, il s’agit toujours d’une rencontre qui nous fait entrer dans le mystère de notre relation avec Dieu, pour notre bonheur éternel. Ce qui est changé en nous, en quittant cette eucharistie, c’est l’espérance, une espérance renouvelée, plus forte et peut-être plus joyeuse.

Père Maurice Fourmond

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Les dimanches de l’Avent

Les dimanches de l’Avent

Afin que les chrétiens soient mis davantage en contact avec la Parole de Dieu et puissent connaître davantage de textes bibliques, au lieu de répéter chaque année les mêmes textes, la Parole de Dieu a été répartie sur trois années appelées années A, B et C. Caque année est centrée sur un des évangiles synoptiques. Nous allons entrer dans l’année A avec, comme fil directeur l’évangile selon Saint Matthieu.

 

Un mot sur cet évangile. On discute pour savoir si l’auteur est bien le Matthieu recruté par Jésus à sa table de collecteur d’impôts. L’auteur est probablement un juif d’origine, membre de la communauté chrétienne réunie autour de l’apôtre. L’auteur s’adresse très probablement à une communauté majoritairement judéo-chrétienne qui émigra en Syrie, peut-être à Antioche dans le dernier quart du premier siècle (entre 80 et 90).

Il semble bien que l’auteur ait utilisé abondamment l’évangile de Marc puisque, sur 1068 versets, l’auteur reprend 80% des versets de Marc.

L’évangile selon Matthieu est profondément enraciné dans la tradition juive avec cependant une forte ouverture à l’universalité du message comme le montre par exemple l’épisode des mages venus d’orient ou encore l’admiration de Jésus pour la foi d’un centurion romain, ou la guérison de la fille d’une cananéenne.

Pour Matthieu, Jésus est le Messie d’Israël, venu en particulier pour les “petits”.  C’est donc l’évangile de Matthieu qui va guider toute notre réflexion cette année.

 

Un mot encore sur le sens de ce temps liturgique de l’Avent. Le mot vient du latin “adventus” qui signifie “avènement”, “venue”. Ne pas confondre avec le mot “a-v-a-n-t” signifiant que quelque chose a précédée dans le temps.

 

Pendant le temps de l’Avent, nous prenons conscience de la venue de Dieu dans notre monde dont Noël est le point d’orgue. Notre Dieu est un Dieu qui se veut très proche de notre monde, très proche de chacun de nous. Dieu n’est pas seulement un Dieu qui est venu dans notre monde à un moment de l’histoire, même si cette venue est centrale et définitive, il est aussi un Dieu qui ne cesse de venir dans chacune de nos vies. Un auteur a écrit : “Nous sommes nés pour naître”. C’est cette venue de Dieu, du Dieu qui est l’amour même, en nos vies qui nous fait naître. Aussi, le temps de l’Avent est un temps de naissance, de notre naissance à la lumière de la naissance de Dieu dans notre monde en Jésus de Nazareth.

 

C’est donc le thème de notre naissance en train de se faire qui est au centre de toute la prière de l’Église pendant ce temps de l’Avent.

 

Voyons maintenant comment cela nous est révélé à travers les évangiles de Matthieu dans les quatre dimanches de l’Avent.

 

– 1er dimanche, Matthieu 24, 37-44. Dans l’évangile de ce premier dimanche, Matthieu nous invite à écouter le Christ parlant justement de sa venue. Il faut la comparaison avec ce qui s’était passé à l’époque de Noé : “On mangeait, on buvait, on se mariait”. Nous sommes renvoyés par cet évangile à notre situation consumériste actuelle. La vie matérielle est devenue la seule préoccupation de beaucoup de nos contemporains. Se tenir prêts, ce n’est pas autre chose que donner priorité à la dimension spirituelle de nos vies, celle qui a les promesses d’éternité. L’évangile de Luc nous rapporte la parabole de cet homme qui avait amassé de grands biens dans ses greniers pour jouir ensuite de la vie : “Dieu lui dit : Insensé, cette nuit même on te redemande ta vie… Voilà ce qui arrive à celui qui amasse un trésor pour lui-même au lieu de s’enrichir auprès de Dieu” (Lc 12, 20-21). Ainsi, ce premier dimanche nous interroge sur notre quête spirituelle, sur notre quête de sens, sur les valeurs sur lesquelles nous construisons notre existence, sur les choix que nous sommes amenés à faire.

 

– 2ème dimanche, Matthieu 3, 1-12. Le 2è dimanche de l’Avent est centré sur l’urgence de la conversion. C’est la proclamation de Jean-Baptiste : “Convertissez-vous car le Royaume des cieux est tout proche”. Si nous nous demandons quel est ce Royaume des cieux, la première lecture extraite du prophète Isaïe nous le montre : c’est un Royaume “réconcilié” : “Le loup habitera avec l’agneau…” La conversion est fondamentalement une “réconciliation” : se réconcilier avec Dieu, avec les autres, avec nous-mêmes. La conversion, c’est cet effort pour se “tourner vers”, “con-vertere”, non pas pour “prendre”, mais pour recevoir, échanger et aimer. Rappelez-vous la conférence de Dominique Greiner, assomptionniste, directeur du journal “La Croix” qui disait que la réconciliation était au coeur de la vie chrétienne et du projet de Dieu.

C’est donc un dimanche centré sur un souci de réconciliation, sur une prière de réconciliation.

 

– 3è dimanche, Matthieu 11, 2-11. Ce troisième dimanche de l’Avent nous interroge sur le sens du témoignage qu’il nous est demandé de porter. L’évangile nous rapporte la question posée à Jésus par les envoyés de Jean-Baptiste : “Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ?” Jésus ne répond pas par des arguments intellectuels, il ne développe pas son message pour en montrer la pertinence. Il répond par ces simples mots : “Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et voyez”. Le témoignage de Jésus passe par ce que les gens voient et entendent. Et Jésus donne seulement des exemples en se référent au prophète Isaïe et c’est l’attention aux petits et aux malades et l’annonce d’une Bonne Nouvelle aux pauvres. Notre témoignage ne peut être que dans la même ligne que celle de Jésus. Aussi, la question que nous pouvons nous poser ce 3è dimanche est celle-ci : “Qu’est-ce que les gens voient et entendent de ma vie, qu’est-ce que les gens voient et entendent de notre communauté de Saint Hippolyte.

 

– 4ème dimanche, Matthieu 1, 18-24. En raison de la proximité de Noël, l’évangile se réfère à la conception de l’enfant Jésus à travers le songe de Joseph. Ce qui est admirable, c’est surtout l’attitude de Joseph : son honnêteté intérieure, la délicatesse de son jugement à l’égard de Marie, la confiance qu’il va accorder à ce qui lui est dit à travers ce songe, son obéissance et enfin la simplicité de sa décision.

Nous oublions parfois la place centrale de Joseph dans l’économie du salut. Pendant ce temps de l’Avent, il est un magnifique modèle pour nous aider à accueillir  l’inouï de la révélation qui nous est faite en Jésus Christ de l’amour infini de Dieu et des chemins qu’il emprunte et qui restent pour nous un merveilleux mystère.

Ainsi, ce 4è dimanche est centré sur la foi qui fait confiance à la parole de Dieu et à sa présence en nous comme une lumière nous indiquant le chemin à suivre.

Père Maurice Fourmond

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